La taxe carbone de l’UE est désormais en vigueur — et la plupart des entreprises ignorent encore ce que cela implique pour elles

Le 1er janvier 2026, un nouveau type de coût est apparu sur chaque déclaration en douane concernant les importations à forte intensité de carbone vers l’Union européenne.

Ce n’était pas à la une des journaux. Il n’y avait pas de compte à rebours. Mais pour des milliers d’entreprises important de l’acier, de l’aluminium, du ciment, des engrais, de l’électricité ou de l’hydrogène sur les marchés de l’UE, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) est entré discrètement et définitivement dans sa phase définitive.

Il ne s’agit pas d’un projet pilote. Il ne s’agit pas non plus d’un simple exercice de déclaration. Il s’agit d’une obligation financière assortie de sanctions réelles, impliquant l’achat de certificats réels, et dont la première déclaration annuelle doit être déposée au plus tard le 30 septembre 2027 pour toutes les marchandises importées en 2026.

Si votre entreprise importe l’un de ces produits dans l’UE — ou si vous les fournissez à des acheteurs européens —, le CBAM a une incidence sur vos coûts, votre chaîne d’approvisionnement et votre position concurrentielle.

Voici ce que vous devez comprendre.


Qu’est-ce que la CBAM, en réalité ?

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) correspond au droit de douane carbone de l’UE. Les fabricants de l’UE paient déjà pour leurs émissions de carbone dans le cadre du système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE). Sans le CBAM, les importateurs provenant de pays dont la réglementation climatique est moins stricte pourraient proposer des prix inférieurs à ceux des producteurs de l’UE, simplement parce que leurs coûts liés au carbone sont moins élevés.

Le CBAM comble cette lacune. Il impose aux importateurs de l’UE d’acheter des certificats CBAM — dont le prix correspond au cours hebdomadaire des quotas du SCEQE — afin de couvrir les émissions de carbone vérifiées inhérentes à leurs marchandises importées.

Le mot clé, c’est « intégré ». Il ne s’agit pas du carbone lié au transport maritime, ni de l’empreinte carbone de l’entreprise exportatrice. Il s’agit du carbone intégré au produit lui-même lors de sa fabrication — les émissions de scope 1 émises sur le site de production.

Secteurs actuellement concernés : fer et acier, aluminium, ciment, engrais, électricité, hydrogène.

Prochaine étape probable : les produits chimiques, les polymères et les produits dérivés de l’acier et de l’aluminium à partir de 2028.


La phase de transition est terminée

D’octobre 2023 à décembre 2025, le CBAM s’est trouvé dans une période de transition. Les importateurs devaient déclarer leurs émissions intrinsèques tous les trimestres, mais cela n’entraînait aucune conséquence financière. De nombreuses entreprises ont considéré cette période comme un exercice d’apprentissage. Certaines ne s’y sont pratiquement pas intéressées.

Ce délai de grâce est désormais écoulé.

À compter du 1er janvier 2026 :

  • Les obligations financières sont en cours
  • Chaque tonne de marchandises concernées importées au-delà du seuil annuel de 50 tonnes entraîne un coût carbone
  • Les importateurs qui ne sont pas enregistrés en tant que déclarants CBAM agréés risquent de voir leurs marchandises bloquées aux douanes de l’UE
  • La sanction en cas d’émissions non déclarées ou sous-déclarées s’élève à 100 € par tonne de CO₂.

Le seuil « de minimis » de 50 tonnes, introduit dans le cadre du paquet de simplification « Omnibus » de l’UE en octobre 2025, exempte les plus petits importateurs — soit environ 90 % des importateurs en nombre, mais une faible fraction en volume. Si votre entreprise importe un volume significatif de marchandises soumises au CBAM, vous êtes concerné.


Ce que vous devez réellement faire

Étape 1 : S’enregistrer en tant que déclarant CBAM agréé. La date limite d’enregistrement était fixée au 31 mars 2026. Les entreprises ayant déposé leur demande avant cette date peuvent continuer à importer à titre provisoire pendant l’examen de leur dossier. Si vous ne vous êtes pas encore enregistré, c’est la mesure la plus urgente à prendre.

L’enregistrement s’effectue via le registre CBAM (taxation-customs.ec.europa.eu), qui est relié aux autorités nationales compétentes de votre État membre de l’UE.

Étape 2 : Recueillir des données d’émissions vérifiées auprès des fournisseurs. C’est là que la plupart des entreprises rencontrent des difficultés. Le CBAM exige des données d’émissions au niveau de chaque installation — et non des moyennes d’entreprise, ni des références sectorielles si cela peut être évité. Votre fournisseur en Turquie, en Inde, au Brésil ou en Chine doit vous communiquer ses émissions de production spécifiques par tonne de produit.

S’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas le faire, vous devez alors vous rabattre sur les valeurs par défaut de l’UE — fixées au niveau de l’intensité d’émission la plus élevée observée à l’échelle mondiale pour chaque type de produit. Concrètement, cela signifie payer le coût maximal possible au titre du CBAM.

Étape 3 : Suivi et prévision des coûts des quotas À compter du 1er février 2027, les quotas pourront être achetés via la plateforme centrale de l’UE, au prix correspondant à la moyenne trimestrielle du prix du SCEQE en 2026. Vous devrez avoir quantifié vos émissions intrinsèques pour 2026 avant de procéder à l’achat.

Étape 4 : Soumettez la première déclaration annuelle au titre de la CBAM, dont la date limite est fixée au 30 septembre 2027, couvrant l’ensemble des importations de 2026. Il s’agit de votre première déclaration officielle de conformité à la CBAM ; elle nécessitera des données vérifiées, la remise de certificats et, éventuellement, une vérification par un tiers.


Pourquoi c’est plus difficile qu’il n’y paraît

La plupart des entreprises importent depuis plusieurs pays, par l’intermédiaire de plusieurs fournisseurs, en empruntant plusieurs voies logistiques. Chaque fournisseur présente une intensité carbone différente. Chaque produit possède un code NC différent. Chaque pays peut disposer ou non d’un mécanisme de tarification du carbone clairement identifiable permettant une déduction partielle.

Pour y parvenir, il faut :

  • Une étude visant à cartographier les émissions de la chaîne d’approvisionnement
  • Prise de contact avec chaque fournisseur concerné afin d’obtenir des données au niveau de chaque installation
  • Vérification par un organisme tiers accrédité (lorsque l’on utilise des valeurs réelles plutôt que des valeurs par défaut)
  • Intégration avec vos systèmes douaniers et d’approvisionnement
  • Coordination entre les équipes chargées du développement durable, des finances, des affaires juridiques et des opérations

De nombreuses entreprises — même les plus grandes — ont sous-estimé la complexité de la phase de transition. Elles abordent désormais l’année 2026 avec des données incomplètes, des sites de fournisseurs non enregistrés et aucun processus clair pour la gestion des coûts liés aux certificats.


Une opportunité insoupçonnée : la synergie entre les données du CBAM et de la CSRD

Voici un aspect que la plupart des entreprises négligent : le CBAM et le CSRD reposent sur les mêmes données de base.

Si votre entreprise est soumise aux obligations de déclaration au titre de la CSRD (et si vous lisez ces lignes, c’est probablement le cas), vous mettez déjà en place une infrastructure de suivi des émissions de la chaîne d’approvisionnement de scope 3 pour répondre à l’exigence ESRS E1. Les calculs des émissions intégrées pour le CBAM relèvent essentiellement du même principe — Scope 3, catégorie 1 (biens achetés) — mesurées au niveau de l’installation.

Une entreprise qui met en place un système de données CBAM adéquat a, de fait, mis en place en parallèle son infrastructure de reporting « Scope 3 » de sa chaîne d’approvisionnement pour la CSRD. Cet investissement répond à ces deux objectifs.

De même, la comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre de scope 3 selon le GHG Protocol, les informations fournies au titre de la norme GRI 305-3, les rapports sur l’empreinte carbone de MITECO en Espagne et les indicateurs PAI du SFDR destinés aux acteurs des marchés financiers s’appuient tous sur le même ensemble de données relatives aux émissions de carbone de la chaîne d’approvisionnement.

Le CBAM ne représente pas un simple coût de mise en conformité isolé. Il s’agit d’un levier indispensable à l’amélioration de la qualité des données relatives aux émissions tout au long de la chaîne d’approvisionnement, dont tous les autres dispositifs ont également besoin.


Pour les producteurs hors UE : il s’agit désormais d’un enjeu commercial

Si votre entreprise fabrique de l’acier, de l’aluminium, des engrais, du ciment ou de l’hydrogène et vend ses produits à des acheteurs de l’UE, le CBAM a déjà un impact sur vos relations commerciales.

Ce sont les importateurs de l’UE qui prennent en charge votre empreinte carbone. Si vous pouvez démontrer une intensité d’émissions inférieure à la valeur par défaut de l’UE — grâce à des données vérifiées au niveau de chaque installation —, vous devenez une option plus économique pour votre client européen. Votre production à faible empreinte carbone constitue désormais un avantage en termes de prix, et non plus seulement un argument en faveur du développement durable.

Les entreprises qui investissent dès à présent dans des données de qualité sur les émissions et dans leur vérification renforceront leurs relations avec leurs clients de l’UE et préserveront leurs parts de marché. Celles qui laissent leurs clients de l’UE dépendre de valeurs par défaut risquent de voir ces derniers se tourner vers d’autres fournisseurs proposant des solutions à plus faible empreinte carbone.


Les perspectives réglementaires : le CBAM prend de l’ampleur

Dans sa version actuelle, le CBAM couvre six secteurs. La Commission européenne devrait :

  • Élargir le champ d’application aux biens en aval et à d’autres secteurs relevant du système d’échange de quotas d’émission en 2028
  • Ajouter le CBAM britannique à compter du 1er janvier 2027 (mêmes secteurs, structure similaire)
  • Tendre vers une couverture à 100 % par des certificats, à mesure que les quotas gratuits du système ETS seront progressivement supprimés d’ici 2034

Il s’agit d’une augmentation progressive de l’exposition financière sur une période de dix ans. Les entreprises qui mettent actuellement en place une infrastructure de conformité se préparent à une structure de coûts qui ne fera qu’augmenter.


Où en est votre entreprise ?

Chaque semaine, nous discutons avec des entreprises qui se trouvent dans l’une des situations suivantes :

  • 😤 « We did the quarterly reports during the transitional phase but have no idea how to manage the financial phase. »
  • « We don’t know if we’re above or below the 50-tonne threshold. »
  • 📊 « Our suppliers have never heard of CBAM and won’t provide emissions data. »
  • 👥 « We have one person in sustainability and this is completely outside their expertise. »
  • 🗂 « We’re trying to manage CBAM and CSRD at the same time and have no idea where they overlap. »

If any of these sound familiar, we can help.

At TSN — The Sustainability Network, we work with companies across Europe and globally to build the data infrastructure, supplier engagement processes, and compliance workflows that CBAM demands — integrated with CSRD, GHG Protocol, and the broader reporting architecture.

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